Origine du style Kobayashi-ryu

 

Dans le cadre de mon examen de 2ème dan, je présente dans ce court texte un résumé de l’origine de notre style de karaté Kobayashi-ryu.

 

Avant 1988, le style de nos écoles de karaté était du Shorin-ryu du Japon enseigné par le Maître T. Watanabe. En 1988, notre Senseï André Raymond a procédé au changement de style de karaté de toutes ses écoles dans le but de faire accroître la connaissance authentique des arts martiaux. Le style est devenu le Kobayashi-ryu et l’enseignement du style est maintenant donné par Yasuhiro Uema Senseï d’Okinawa.

 

Depuis toujours l’homme livre bataille à son voisin pour accroître sa puissance et son territoire. Le karaté a été développé, au cours des millénaires, pour répondre aux attaques des envahisseurs. Le Karaté est une méthode de combat à main nue. Elle repose sur la recherche de la mise hors combat d’un ou de plusieurs adversaires à l’aide de coups frappés sur les points vitaux. Ces coups sont portés avec les mains, poings, coudes, genoux et les pieds. La vocation première de cette méthode de combat est d’être l’instrument de réponse à une attaque, armée ou non.

 

Notre style de karaté, Kobayashi-ryu, provient d’Okinawa qui est l’île principale de l’archipel des Ryukyu. L’archipel s’étend sur plus de 1 000 km entre la pointe méridionale du Japon (Kyushu) et la côte chinoise, entre la mer de Chine Orientale à l’ouest et la mer des Philippines à l’est. L’île d’Okinawa est une terre étroite de 100 km de long par 4 à 30 km de large.

 

Il faut comprendre que la formation du style Kobayashi-ryu a été influencée au cours des millénaires par plusieurs facteurs et personnages importants. Ses origines sont d’Okinawa et remontent jusqu’en Chine avec le Quan-fa[1].

 

Sur l’île d’Okinawa, sans y être particulièrement hostiles à l’homme, les conditions naturelles ont toujours exigé des habitants volonté, ténacité et ingéniosité. À plusieurs reprises, au cour de leur histoire, les Okinawaïens, pêcheurs et agriculteurs de nature pacifique, se trouvèrent confrontés à l’invasion des forces étrangères. Chinois, Japonais, Malais, Philippins, pirates de tous bords soumirent pendant des siècles cette île à des razzias et occupations permanentes. Au cours de leur passé mouvementé, les Okinawaïens ne se laissèrent jamais assimiler. Ils entretenaient la guérilla, usaient l’occupant, se comportaient en clan farouchement hostile à toute intégration. À plusieurs reprises au cours de l’histoire, les armes y furent bannies afin d’éviter toute rébellion. Les techniques de combat à mains nues prirent alors une nouvelle importance et leur transmission s’est faite de maîtres à disciples dans le secret. Les entraînements se déroulèrent le plus souvent la nuit et les techniques furent améliorées afin de les rendre aussi efficace que possible. On sait toutefois que l’art du combat à mains nues se développa surtout à trois endroits : la ville portuaire de Naha, la capital de Shuri et le village de Tomari. Chacun de ces endroits a donné naissance à un style de Karaté portant son nom.

 

Les personnages ayant contribué significativement à la formation du style Kobayashi-ryu et qui sont formellement reconnus par les autorités d’Okinawa sont les suivants:

 

Tode Sakugawa (1762-1843):

 

Sakugawa est considéré comme le premier enseignant du Tode[2] à Okinawa, d’où le surnom de « Tode Sakugawa » qu’il se donna à lui-même. Il est né à Shuri sous le nom de Teruya Kanga. Il ouvrit la première école à Shuri, qui fut à l’origine du Shuri-te. Il aurait été à plusieurs reprise en Chine, à la source de la boxe chinoise (Quan-fa). On lui attribue notamment l’introduction sur l’île d’Okinawa du kata d’origine chinoise Kushanku.

 

Le plus célèbre disciple de Tode Sakugawa est certainement Sokon Matsumura .

 

Matsumura Sokon (1809-1899):

 

 

 

Matsumura fut expert de l’Okinawa-te qui créa la direction Shuri-te de Karaté, développée par la suite par Itosu Anko. Il avait une dizaine d’année lorsqu’il fut introduit auprès de Tode Sakugawa. Matsumura Sokon fut une personnalité marquante du karaté d’Okinawa. Les racines du style Shorin-ryu qu’il initia proviennent de l’apport de l’enseignement du maître chinois Iwa qui lui apporta sa connaissance de l’art du combat  ainsi que l’apport du Jigen-ryu[3] japonais. Il appela son style « Shorin-ryu Gosoku-an Karate » et il intégra les tendances Shuri-te et Tomari-te.

 

Matsumura a eu de nombreux disciples dont Anko Itosu (1831-1915), Chotoku Kyan (1870-1945), Kensu Yabu (1865-1945) ou encore Anko Azato (1827-1906).

 

Itosu Anko (1831-1915):

 

 

Itosu est né en 1931 (ou 1932?) à Shuri, Okinawa. A l’âge de 16 ans, il fut introduit auprès de Matsumura Sokon auprès duquel il apprit les premières bases de style Shuri-te ainsi que celles du style Jigen-ryu.

 

Itosu est entré dans la légende des terribles et invincibles combattants de l’ancien Okinawa-te. À l’age de 70 ans,  il eut à défendre la réputation de son art. Il prit en combat un champion japonais de Judo où il est dit qu’il mit hors combat le judoka en lui plaçant d’entrée un seul coup de poing au plexus, en poussant un Kiai qui glaça l’assistance.

 

Il insistait notamment sur le fait que le corps devait être entraîné pour pouvoir résister à n’importe quel coup, même puissant, mais cet entraînement ne devait surtout pas négliger l’esprit.

 

Il introduisit l’enseignement du Karaté d’Okinawa dans les écoles de l’île. Dans un but d’un enseignement de masse, il codifia quelques années avant sa mort les cinq kata de pinan. Son intention était d’intéresser les jeunes, alors plus épris de sports modernes amenés d’Occident au Japon, en sauvant son art de ce qui pouvait apparaître qu’inutile et désuet.

 

Parmi ses disciples, on trouve Choshin Chibana (1885-1969), Gichin Funakoshi (1868-1957) qui fondera plus tard le Shotokan, ou encore Kenwa Mabuni (1890-1952), futur fondateur du Shito-ryu.

 

 

Chibana Choshin  (1885-1969) :

 

Chibana est né à Shuri, Okinawa. A l’âge de 15 ans, il commença l’étude du Karaté avec Itosu Anko qui sera son unique professeur et avec lequel il restera une quinzaine d’années, jusqu’à la mort de ce dernier. En 1920, à l’âge de 35 ans, il établit son propre Dojo à Torihori, où il enseigna fidèlement le Karaté apprit d’Itosu.

 

Il semblerait que Chibana ait appelé, autour de 1935, son style Shorin-ryu en adoptant les caractères chinois exprimant « petite forêt » (ou Shaolin), caractères qui peuvent également être lus « Kobayashi ».

 

En 1956, il devint le premier président de l’Okinawa Karate-Do Renmei. Parmi ses élèves, on trouve en autre Yuchoku Higa (1910-1995), Katsuya Miyahira (1918-), Shuguro Nakazato (1919-) et Joki Uema (1920-).

 

 

Uema Joki (1920-):

 

Joki Uema est né le 13 juin 1920 à Shuri, Okinawa. Il débuta l’étude du Karaté à l’âge de 6 ans avec Josho Uema Sensei. Il fut également enseigné par les maîtres Chibana Choshin, Kyan Chotoku, Gusukuma Shipan, Uezato Chuei et Shimabukuro Taro.

 

En 1973, il ouvrit l’école Shubukan à Naha et en 2000, il reçu le 10ème Dan de l’Okinawa Shorin-ryu Karatedo Kyôkai.

 

 


 

Uema Yasuhiro (1945-):

 

Yasuhiro Uema est né le 15 août 1945 à Shuri, Okinawa. Il débuta la pratique du karaté à l’âge de 12 ans. Il reçu l’enseignement de son père Joki Uema Sensei ainsi que des maîtres Nakama Chosho, Ishikawa Seitoku et China Teikichi.

 

En 1973, Yasuhiro Uema Sensei fonde son école de Karaté Shorin-ryu. Il décide de donner le nom de Shubukan à son dojo. Le nom shubukan peut être interprété comme le lieu où l’on apprend à protéger.

 

En 2000, il reçu le 9ème Dan de l’Okinawa Shorin-ryu Karatedo Kyôkai.

 

Yasuhiro Uema enseigne depuis 1988 à André Raymond. Le senseï André Raymond est officiellement reconnu par Okinawa pour  sa 7ème Dan dans le style Kobayashi-ryu.

 

 

Référence

  1. http://www.kobayashi_ryu.homestead.com/index.html : Karaté Kobayashi-ryu Canada
  2. http://www.wonder-okinawa.jp : Okinawa Prefectural Government
  3. http://www.aokks.org : Association Okinawa Karaté Kobudo Suisse
  4. Encyclopédie des arts martiaux de l’extrême orient, par Gabrielle et Roland Habersetzer. 3ème édition réactualisée, 2000.

 

 



[1] Kempo est la désignation japonaise et okinawaïenne des méthodes de boxe chinoise Quan-fa

[2] Tode : système de combat à main nue, importé de Chine. Tode signifie technique chinoise.

[3] Jigen-ryu : style de combat au sabre.